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ACTES, une nouvelle figure territoriale portant une fonction de tercéisation

La fonction de tercéisation consiste en l’accompagnement des acteurs du territoire dans la mise en œuvre d’un nouveau modèle de travail et d’organisation en s’appuyant sur des processus d’apprentissage collectif construits dans l’action, soutenus par une pratique de la réflexivité.


La fonction de tercéisation consiste à aider les acteurs des territoires, et en particulier les institutions territoriales, à faire des « pas de côté » et changer de posture. Cette opération d’auto-transformation est particulièrement pertinente dans l’accompagnement des configurations inter-organisationnelles permettant de porter une capacité politique de transformation, comme dans le cas de la transition socio-écologique (Lenoble et Maesschalck, 2003, 2010). Elle constitue une condition nécessaire pour faire émerger et pérenniser une nouvelle dynamique territoriale.


L’action du tercéisateur permet d’aider les acteurs institutionnels à s’extraire de leurs rôles conventionnels en travaillant leur relation aux autres acteurs, en les aidant à produire d’autres rapports entre eux (Xhauflair, 2013) et avec les autres acteurs du territoire, étayés par de nouvelles pratiques professionnelles et de nouvelles règles d’action. Son rôle dépasse de loin celui d’une interface visant à mettre les acteurs en relation. Le tercéisateur accompagne les acteurs dans la co construction et la mise en œuvre d’un nouveau modèle de travail et d’organisation (Gadille et al., 2013) cohérent avec leurs identités et intérêts en transformation. Il met en œuvre un apprentissage qui se construit dans l’action.


Conscientiser ses pratiques de travail et en adopter de nouvelles est donc le préalable nécessaire. C’est pourquoi un des rôles du tercéisateur consiste à organiser des dispositifs de réflexivité auprès des acteurs pour révéler leurs pratiques de travail et les mettre en discussion. Le tercéisateur joue un rôle crucial dans le soutien à ces processus d’apprentissage collectif. Il devient ainsi un agent de réflexivité et un accélérateur d’apprentissages collectifs (Gadille, 2008).


Le tercéisateur contribue ainsi à élargir et enrichir le cadre d’action dans lequel les acteurs du territoire s’inscrivent (reframing). Cette nouvelle grille de lecture leur permet d’apporter un nouvel éclairage à leurs manières de faire respectives, et dès lors, de réaliser un déplacement par rapport à leur posture et à leur compréhension de la situation, afin de faire progressivement émerger une innovation institutionnelle. Car il ne peut y avoir de nouveau modèle de développement sans innovation institutionnelle : nouveaux conventionnements de coopération, nouvelles règles de la commande publique, ...


La vocation du tercéisateur est d’inciter les acteurs à « s’auto-capaciter en amenant l’individu et le groupe à être acteurs de leur propre transformation » (Maesschalck, 2008, in Xhauflair, 2013). L’objectif, à terme, du tercéisateur est de céder la place à un processus où les acteurs assument eux-mêmes la fonction de praticien réflexif à l’égard de leurs propres pratiques.


Le tercéisateur ne peut être qu’un acteur intégré dans l’écosystème territorial, car on ne peut connaître qu'en expérimentant et en transformant, y compris soi-même. Et aussi parce que la fonction de tercéisation doit pouvoir s’inscrire dans la durée car les processus de transformation des pratiques de travail s’opèrent sur des temps longs. Le recours à des acteurs externes au territoire, motivé souvent par la recherche de neutralité et de hauteur de vue, est un leurre. Le tercéisateur n’est pas neutre ; il est partie prenante de la construction du territoire ; il poursuit lui-même cette Visée politique de transformation, et se doit et de la transmettre aux autres.


Cette fonction représente un sujet de recherche pour ACTES :

  • Dans quelles conditions cette « nouvelle figure territoriale » se forme-t-elle ? Quelles ressources du territoire, notamment immatérielles, offrent un appui à son émergence ? Par quelles étapes passe son développement ? Par quels mécanismes ?

  • La fonction de tercéisation peut-elle être un facteur d’enrichissement et de stabilité de la Visée politique de transformation, pour rendre plus pérenne l’engagement des acteurs en faveur d’un modèle à haute valeur sociale et environnementale ?


Brigitte Pasquelin, 23 mars 2024


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